Seul aux commandes : concevoir, décider, livrer un MVP from scratch

Partago aide les particuliers à concrétiser leurs projets de bricolage, jardinage, sport ou loisirs, en louant le matériel qui leur manque. J'ai mené ce projet de zéro, seul : du naming à la marque déposée, de la recherche utilisateur jusqu'à l'implémentation no-code. Une expérience entrepreneuriale autant que de design.

Fiche objet de l’app Partago sur un smartphone tenu en main, dans un atelier bois

Founding Product Designer · Solo

Rôle

  • Stratégie produit
  • Naming & branding
  • UX research
  • Product design
  • Specs
  • Implémentation technique (Flutterflow, API, BDD)

Résultats

  • MVP complet livré en 6 mois de dev
  • Marque déposée à l'INPI
  • Beta testée avec un panel de 15 first users

CONTEXTE

Un besoin identifié, réel

Certaines personnes n'ont pas facilement accès au matériel dont elles ont besoin ponctuellement, d'autres en possèdent qu'elles n'utilisent qu'une ou deux fois par an. J'y vois aussi une réponse à une conviction : peser sur l'économie circulaire, moins d'objets neufs achetés, plus de partage entre voisins.

ÉTUDIER

Un produit, deux profils distincts

Grille de logos de plateformes de location et de prêt de matériel entre particuliers

Observer le marché et les concurrents

Je benchmarke les concurrents directs et indirects sur leur business model, leur UX et leur positionnement. Les petites plateformes C2C cherchent leur modèle : volume insuffisant, ouverture trop précoce au marché national, ou pivot vers l'interne entreprises et collectivités faute de mieux.

Un sondage qui confirme l'opportunité

Je profite de la fête de la musique en ville pour sonder 110 personnes, dans la file d'attente des food trucks. 84,5% ont déjà manqué de matériel, 78% de ceux qui n'ont jamais prêté se disent disposés à le faire. Pour ceux qui souhaitent emprunter, l'argument n°1 est la proximité géographique : 58% la citent en premier devant la disponibilité.

Cartes de résultats du sondage : 84,5 % ont déjà manqué de matériel, 78 % sont disposés à prêter, 58 % privilégient la proximité
Grille de verbatims de locataires recueillis en focus group

3 focus group pour identifier besoins et freins

Les propriétaires redoutent la casse et le prêt à un novice sur du matériel technique, les locataires craignent de se lancer dans un ouvrage qu'ils ne maîtrisent pas. Certains réclament un accompagnement, presque un tutorat, mais je reste concentré sur les frictions de la location pour cette version.

ARBITRER

Affiner sa vision sans la perdre

Décider seul, vite, et assumer chaque choix jusqu'au bout.

Symbole Partago et logo Flutterflow accolés dans deux pastilles

Le choix d'une stack robuste

J'ai étudié plusieurs outils no-code avant de trancher. Flutterflow s'est imposé pour deux garanties non négociables : exporter le code source à tout moment, et écrire des fonctions personnalisées au-delà des limites de l'outil. Il donne aussi un accès direct aux fonctions natives du device, géolocalisation en tête, mais également à une base de données en temps réel, exploités par la recherche géolocalisée et la messagerie instantanée de Partago. Fondé par d'anciens de Google, il a une base de ressources solide et une communauté active.

Se remettre en question, conserver la décision

Mon incubateur cherchait à m'orienter vers le B2B : partage de matériel entre mairies, location entre professionnels du jardinage et du bricolage. Les interviews terrain montraient l'inverse : ces professionnels voulaient leur matériel disponible en permanence, sans marge pour un imprévu. Un paysagiste l'avait déjà tenté entre confrères, matériel rendu sans entretien, parfois trop tard pour ses propres chantiers. Cette divergence de vision, tranchée par le terrain, a motivé mon départ avant la fin de l'accompagnement.

Grille de verbatims de professionnels du bâtiment et du paysage sur le partage de matériel

LIVRER

Nommer, simplifier, renoncer

Un nom, une identité

Le naming est une décision fondatrice : un mauvais nom crée de la friction à chaque point de contact. Je mène seul le process, critères de sélection, génération d'options, test auprès de proches. "Partago" est retenu, il évoque le partage entre particuliers, et "Go" fait écho au passage à l'action. L'identité visuelle suit : logo, palette, typographie, déclinaisons. La marque, logo inclus, est déposée à l'INPI.

Logotype Partago, symbole et nom

Tester et simplifier

Le premier design prévoit un système d'échange de code entre propriétaire et locataire pour valider une transaction, avec génération de code et stockage en base. Les tests menés auprès du panel de first users montrent que cette double action ajoute de la friction sans valeur perçue. Je remplace le bouton "Afficher le code de retrait" par un CTA unique, "Débuter la location", actionnable par le locataire seul.

Écran de retrait Partago avec le bouton « Afficher le code de retrait » et la feuille du code à quatre chiffres

Prioriser, c'est aussi renoncer

Une fonctionnalité de reconnaissance d'image est envisagée pour limiter la friction au dépôt d'annonce : une photo suffirait à catégoriser l'objet, remplir ses caractéristiques et retrouver sa notice, en alimentant la base si l'objet en est absent. Je l'écarte pour cette version : la fiabilité de la reconnaissance à l'époque et le coût de mise en œuvre ne justifient pas l'investissement sur un MVP solo.

Deux écrans du dépôt d’annonce : prise de photo, puis analyse de l’image qui préremplit la catégorie et la marque

RÉSULTATS

Il manquait une brique, une brique essentielle.

Le MVP est livré en moins de 6 mois de développement, après plusieurs mois de recherche, stratégie et branding en amont. Testé en beta sur TestFlight avec un panel de 15 first users, issus du voisinage et d'anciens collègues. Les retours valident la clarté des parcours et l'accessibilité de l'interface.

Cinq écrans de l’app Partago en perspective : profil, demande de location, fiche propriétaire, recherche et finalisation de demande

L'app n'a pas été publiée sur l'App Store. Le blocage est venu du paiement : le marché des partenaires wallet pour les plateformes C2C s'est durci progressivement, plusieurs acteurs identifiés ayant fermé l'accès aux startups ou adopté des tarifs d'entrée devenus prohibitifs pour un projet solo sans financement.

Le projet est en veille. Une reprise est envisagée, potentiellement sur un modèle gratuit pour contourner la contrainte paiement et valider d'abord l'usage à grande échelle.

RÉTROSPECTIVE

Un projet où l'on se révèle

Ce projet m'a appris des choses qu'aucune mission n'aurait pu m'apprendre.

Savoir prendre des décisions seul, vite, pas de Slack pour échanger avec un PM, un tech, un lead. Juste moi face au problème. J'ai rencontré des bugs que je ne comprenais pas pendant 4 jours. Je suis parvenu à les résoudre.

Quand on conçoit et que l'on développe, on se rend plus facilement compte que chaque décision design a un coût. J'ai appris que simplifier une interface a également un coût d'implémentation.

Il y a évidemment des choses que je ferais différemment. Parmi elles : sécuriser le partenaire paiement plus tôt. C'est la contrainte qui m'a bloqué.

La décision d'arrêter a été la plus dure à prendre. Gérer sa propre déception quand on a mis autant de soi dans un projet, c'est une chose. Assumer ce que ça peut renvoyer aux yeux des autres en est une autre.

J'ai beaucoup appris sur moi et ce projet m'a aussi confirmé qu'une vision plus large que le design n'est pas optionnelle quand on veut peser sur un produit.

Projet suivant

Same designer. Different problem.